Journal de tournage ·

Tourner OPJ à La Réunion : une caméra légère face à la lumière tropicale

Directeur de la photographie d'OPJ depuis la saison 4, je raconte comment nous filmons la série policière de France 3 à La Réunion : un dispositif léger, une ambition de cinéma et une lumière tropicale qu'il faut apprivoiser chaque jour.

OPJ - Saison 4 - Bianca

Je suis arrivé sur OPJ en saison 4, aux côtés de la réalisatrice Elsa Blayau, qui avait déjà travaillé sur la saison 3. La série a une identité visuelle forte, et elle tient d'abord à la façon dont nous utilisons la caméra.

Une série filmée à l'épaule

Nos producteurs, Stéphane Meunier et Muriel Alorend, ont toujours souhaité que nous tournions le plus possible à l'épaule, pour rester mobiles et légers dans nos moyens techniques. C'est l'ADN d'OPJ.

À cette caméra portée s'ajoutent des plans drone, plus contemplatifs, des plans grue lorsque nous voulons associer le jeu des comédiens à un mouvement aérien, et des plans stabilisés au Ronin pour les séquences où nous souhaitons estomper le côté brut de l'épaule.

Un matériel léger, une ambition de cinéma

Nous tournons en Sony FX9, FX6 et FX3, avec des optiques photo Sony G, une configuration plutôt destinée au documentaire. Sa légèreté nous permet de tourner dans des décors inaccessibles à un tournage classique : bassins, chutes d'eau, ravins.

Mais les ambitions des réalisateurs et des chefs opérateurs d'OPJ sont cinématographiques. Nous les déclinons dans le découpage, dans nos mouvements, nos cadrages, et dans la lumière dès que nous pouvons la maîtriser.

Apprivoiser la lumière tropicale

La lumière des tropiques est très particulière : le plus souvent zénithale et dure. Dans l'hémisphère sud, le soleil est au nord et sa course est inversée par rapport à la métropole. Pour nous faciliter la tâche, nous tournons pendant l'hiver austral, une période moins pluvieuse où le soleil est moins haut. L'inconvénient : des journées plus courtes. Nous sommes en préparation avant le lever du soleil et nous remballons après son coucher.

  • À midi, nous privilégions les intérieurs ou les décors abrités sous une canopée.
  • Le reste du temps, nous couvrons les comédiens ou, quand ce n'est pas possible, nous travaillons à contre-jour.
  • Dans les séquences où l'espace de jeu est très large, nous assumons la lumière dure tropicale, en les plaçant le plus souvent en tout début de journée ou en avant-dernière séquence.

La nuit tombe très vite, ce qui nous donne parfois des sueurs froides. Mon expérience de cette lumière et de ces météos très changeantes m'a toujours permis de retomber sur mes pattes : il y a très peu de retakes sur OPJ. Et en cas de gros pépin, une équipe C réalisée par Pierre Cueille, encore plus mobile, vient en renfort pour que nous ne manquions aucun plan.

Gagner du temps sans perdre en qualité

  • Cadrer le plan large moi-même. Nous sommes toujours à deux caméras : garder le plan large me permet d'avoir un œil sur tous mes raccords lumière et de les reproduire pendant toute la durée de la séquence.
  • Anticiper la course du soleil. En repérage, je fais très attention aux horaires de tournage pour éviter les pièges, en concertation étroite avec le premier assistant ou la première assistante mise en scène.
  • Surveiller la météo. Les nuages restent la grande inconnue. J'utilise beaucoup Windy, assez précis, qui me permet parfois de changer complètement mon fusil d'épaule. Sous les tropiques, il faut être très réactif.

Au Maïdo, au-dessus du vide

J'ai adoré tourner une séquence au Maïdo en saison 4. Nous étions à flanc de falaise, avec un comédien attaché au-dessus d'un précipice de plus de 1 000 mètres. Avec Elsa Blayau, nous avons vu et revu le découpage pour que chaque étape se déroule dans un ordre précis. Tous les techniciens qui devaient s'approcher du vide étaient sécurisés par une équipe de cordistes.

Il faisait très froid, nous étions à 2 000 mètres d'altitude, et nous avons eu un ciel dégagé et beaucoup de chance avec la météo. Une expérience grisante, et professionnellement ce que l'on peut faire de mieux sur OPJ.

À voir aussi : OPJ saison 4, « Bianca » et OPJ saison 6, « Malgré elle ».

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